Martine Spiesser
Psychanalyste
Addictologue
Psychothérapeute
Coach
Praticienne de la pleine conscience
Formatrice
Bilingue : Français/Anglais
Biarritz-Paris

Trouble du comportement alimentaire et addictions

Depuis quelques décennies, nous subissons, femmes et hommes, de fortes pressions sociales pour maintenir une silhouette mince, à tout prix.

D’ailleurs 70 % des femmes et 35 % des hommes sont au régime. On a tendance à montrer du doigt les pressions sociales comme uniques responsables de l'incidence croissante de l'anorexie nerveuse et de la boulimie, tandis qu'elles ne viennent souvent qu'activer des vulnérabilités déjà existantes chez la personne.
Quand un certain comportement alimentaire devient-il un trouble de l'alimentation ? Comprendre ces maladies et leurs causes est essentiel pour vous aider au mieux à vous en sortir.

Les troubles de l'alimentation, qu’est-ce que c’est?

Les troubles de l'alimentation sont des maladies complexes caractérisées par des préoccupations intenses pour l'alimentation, le poids et l'image corporelle, et par des comportements alimentaires anormaux et souvent dangereux (refus systématique de s'alimenter ou vomissements provoqués). Ils coexistent souvent avec d'autres problèmes potentiellement graves, comme la dépression, l’anxiété, l’abus d'alcool ou de drogue. Les troubles de l'alimentation vont bien au-delà de la simple « diète hors de contrôle ». Ils doivent être traités pour éviter des conséquences sérieuses sur les plans physique, psychologique et social.
Trois types de troubles de l'alimentation sont reconnus, mais certaines personnes peuvent montrer des signes de plus d'un trouble de l'alimentation à la fois.

La boulimie

Le terme boulimie, issu du grec boulimia, veut littéralement dire « faim de boeuf ». On parle également d'hyperphagie boulimique, soit le fait de trop manger.
La boulimie nerveuse, un trouble grave, se manifeste par des périodes d'orgies alimentaires lorsque la personne se sent hors contrôle. Ces excès d'aliments surviennent parfois à la suite de périodes de restriction alimentaire ou de privation calorique qui peuvent s'échelonner sur plusieurs jours. Souvent accompagnées d’un sentiment de honte ou de culpabilité, les orgies alimentaires sont fréquemment suivies par des vomissements ou par l'usage de laxatifs ou de diurétiques, visant à éviter un gain de poids. On appelle ces actes compensatoires des purges.
Les purges donnent l'impression à la personne de reprendre le contrôle sur elle-même, mais lui font en fait perdre le contrôle parce qu'elles permettent de se déculpabiliser par rapport aux excès alimentaires. En plus d'être dangereuses, elles ne sont d'aucune utilité réelle et plus nocives que bénéfiques à long terme.

L'hyperphagie boulimique

L'hyperphagie boulimique est un trouble caractérisé par des périodes d'orgie alimentaire suivis de sentiments de honte et de culpabilité. Le syndrome d'hyperphagie, le fait de trop manger, est souvent lié aux régimes amaigrissants et à la dépression.

L'anorexie nerveuse

Concrètement, l'anorexie nerveuse est caractérisée par un refus de maintenir un poids normal, pour l'âge et la taille. La personne souffrant d'anorexie nerveuse a peur de devenir obèse et s'astreint donc à suivre des régimes très restrictifs, parfois ponctués de crises de boulimie et de purges. La personne souffrant d'anorexie s'obligera, par exemple, à ne consommer que 200 calories par jour, soit environ 10 fois moins que l'apport normal conseillé. La personne anorexique vit toujours sa phobie de la prise de poids lorsqu'elle maigrit, parce qu'elle a une perception défaillante de son image corporelle. C'est-à-dire qu'elle se verra toujours plus « grosse » qu'elle ne l'est en réalité.

Les symptômes des troubles de l'alimentation

La boulimie nerveuse

Périodes de compulsion alimentaire
Comportements de purge
Fréquentes sautes d'humeur, irritabilité
Retrait ou isolement
Impulsivité ou actions sans égard pour les conséquences

L’anorexie nerveuse

Perte de poids significative
Peur intense de la prise du poids ou de la perte de contrôle de la prise du poids
Préoccupations et obsessions par rapport aux aliments à faible teneur en gras/calories
Apparition de rituels et d'habitudes alimentaires particulières
Exercices excessifs

Qui en est atteint?

Les troubles de l'alimentation apparaissent généralement au cours de l'adolescence ou au début de l'âge adulte et sont plus communs chez les jeunes des sociétés industrialisées. Les troubles de l'alimentation touchent plus les filles et les femmes que les garçons et les hommes. Les hommes représentent environ 10 % des personnes atteintes. En France, le taux des troubles de l'alimentation chez les femmes et les filles âgées de 13 ans à la ménopause est d'environ 3 % . Ce chiffre peut tripler si on ajoute les formes partielles de ces troubles, qui ont néanmoins un impact significatif sur ceux qui en souffrent.
Les experts s'entendent pour dire qu'il y a de plus en plus de personnes aux prises avec des troubles de l'alimentation. Si les statistiques permettent de dégager une incidence plus élevée chez les femmes occidentales, il est aussi vrai que nul n'est à l'abri des troubles de l’alimentation.

Les causes des troubles de l'alimentation

Les troubles de l'alimentation seraient causés par une combinaison de facteurs de risques biologiques, psychologiques et sociaux.

Les facteurs biologiques

Ils incluent, entre autres, l'hérédité, les antécédents familiaux de dépression, d'anxiété, de troubles de l'alimentation et les problèmes de poids.
Plusieurs recherches ont permis de démontrer le rôle des facteurs génétiques dans les troubles de l'alimentation. En effet, ils sont clairement transmis à l'intérieur d'une famille, c'est-à-dire que l'hérédité y joue un rôle. Or, ces données ne peuvent prouver que le trouble de l'alimentation est transmis automatiquement de mère en fille, mais permettent de dire qu'il peut y avoir transmission de traits de tempérament ou d'une vulnérabilité à d'autres perturbations qui augmenteraient le risque de développer un tel trouble.
Certaines anomalies aux neurotransmetteurs régulant l'appétit et l'humeur auraient une influence sur le développement des troubles alimentaires.

Les facteurs sociaux

Ils incluent entre autres les relations difficiles avec la famille ou groupe de pairs, un manque de soutien, la tendance à juger de la valeur d'une personne selon son apparence physique, les sports et les occupations axées sur l'apparence et le poids, et les pressions socioculturelles envers la minceur.
On a toujours véhiculé un modèle idéal de beauté, mais avec les années, ce modèle est devenu de plus en plus mince, voire maigre. Les médias contribuent à véhiculer plusieurs clichés et normes qui font pression sur les femmes et les poussent souvent à suivre des régimes draconiens néfastes pour leur santé.
Le culte de la minceur s'inscrit dans une stratégie de mise en marché de plusieurs milliards de dollars. La femme doit paraître soumise : on valorise la femme-objet, fragile et dépendante. Bref, ces idéaux de minceur sont des outils marketing qui permettent de faire rouler une industrie prolifique.
Les pressions sociales sont davantage liées aux différentes formes de boulimie, plutôt qu'à l'anorexie. En effet, c'est un trouble qui semble avoir augmenté sensiblement au cours des dernières années et qui serait plus localisé, soit dans les sociétés industrialisées. L'anorexie en revanche est présente partout, sur tous les continents et depuis très longtemps; on y associe donc moins les facteurs sociaux comme cause.
Les régimes
Les médias diffusent énormément de publicité quant aux fameux régimes miracles et autres diètes infaillibles. En fait, dans le cas de personnes dont les prédispositions génétiques les poussent aux troubles de l'alimentation, les régimes agiront souvent en tant que déclencheur du trouble. Le premier geste à poser est sans doute d'arrêter les régimes.
Les régimes ont aussi un effet physique néfaste. Un régime modéré de 3 semaines altère les fonctions cérébrales et réduit les substances qui contrôlent l'humeur, la pensée, et la satiété.
L'influence familiale
Il est aussi possible d'associer les troubles de l'alimentation à des contextes familiauxparticuliers. En effet, on remarquera souvent, chez les personnes atteintes, un problème au sein de la famille. Des études ont toutefois permis de dégager 2 types d'environnements familiaux, chacun étant davantage lié à l'anorexie de type restrictif ou à la boulimie. Dans le premier cas, on parle souvent d'enchevêtrement familial, d'intrusion et d'évitement de conflit. Dans le cas des familles où sont présents des symptômes boulimiques, on relève des situations conflictuelles ouvertes, voire un climat hostile.

Les facteurs psychologiques

Ils incluent, entre autres, une faible estime de soi, la sensation de ne pas être à la hauteur, le manque de contrôle, la solitude et la colère. Voici certaines tendances qui sont souvent rencontrées chez des personnes aux prises avec un trouble de l'alimentation.

• Méfiance• Insécurité• Confusion• Dépression• Perfectionnisme• Peur de la maturité• Estime de soi instable
• Sentiment d'inefficacité• Compulsivité, Impulsivité• Abus de drogues et d'alcool• Anxiété; problèmes d'humeur
• Recherche des sensations fortes• Incapacité à identifier les émotions• Préférence pour l'ordre, le contrôle
• Hypersensibilité à l'opinion des autres• Besoin de reconnaissance ou d'approbation• Tendance à surestimer la taille de la silhouette
• Perception de la minceur comme moyen de valorisation de soi• Perception de la sous-alimentation comme moyen de se contrôler

Les conséquences des troubles de l'alimentation

Conséquences psychologiques

• Anxiété, Impulsivité/ Repli sur soi/ Perturbation du sommeil/ Pensées obsessionnelles/ Changements émotionnels
• Problèmes de concentration• Préoccupations alimentaires• Humeur dépressive, irritabilité• Capacités intellectuelles détériorées

Conséquences physiques

Anorexie Boulimie
Signes généraux • Amaigrissement
• Hyperactivité
• Perte de cheveux
Signes cutanés • Lanugo (duvet)
• Acrocyanose (coloration bleue des extrémités)
• Teint carotinémique (teint orangé)
Autres signes • Changements hormonaux et ostéoporose
• Dérèglement des électrolytes
• Ralentissement du rythme des battements cardiaques
• Arythmie
• Anémie
• Système reproducteur défectueux
• Arrêt des menstruations
• Complications obstétriques
Signes oraux • Glandes salivaires enflées
• Caries dentaires
• Érosion dentaire
• Gencives sanglantes
Signes cardio-vasculaires • Hypotension
• Arythmies
Signes digestifs • Inflammation de l'oesophage
• Sang dans les vomissements
Autres signes • Taux de complications obstétriques plus élevé

Soigner les troubles de l'alimentation

Un diagnostic précoce est important dans le traitement des troubles de l'alimentation. Avec un traitement approprié, de nombreuses personnes peuvent guérir complètement.
Les traitements efficaces consistent en une approche multidisciplinaire, incluant des formes variées d'interventions : évaluation médicale complète, conseils en nutrition, soutien, suivi médical, psychothérapie (individuelle, de groupe et familiale) et, dans certains cas, médication.

Prévenir les troubles de l'alimentation

Le but ultime de la prévention est de débarrasser la personne de ses comportements alimentaires de type restrictif. Il faut :
• Valoriser qui vous êtes.
• S'éduquer sur son propre poids.
• Réévaluer nos propres croyances.
• Décourager la restriction calorique.
• Valoriser le plaisir dans les activités et la nourriture.
• Éviter les remarques sur l'apparence et la forme du corps.
• Mettre en garde contre les médias qui propagent des mythes.
• Encourager les enfants à ne pas focaliser sur leur apparence.
• Tenir un journal alimentaire pour s'assurer d'une bonne routine.
• Améliorer les connaissances chez les enseignants et les professionnels de la santé.
• Diviser l'apport calorique quotidien en 3 ou 4 repas et les consommer à des heures régulières.

Comment agir avec une personne anorexique ou boulimique?

• Obtenez de l'information et partagez-la.
• Exprimez votre inquiétude, mais n'essayez pas de contrôler.
• Ne soyez pas surpris si la personne nie son problème.
• Encouragez la personne anorexique ou boulimique à consulter un professionnel; insistez, s'il le faut.
• Évitez les discussions par rapport à la nourriture.
• Ne blâmez pas la personne.
Attention aux comparaisons : l'estime personnelle des personnes souffrant de troubles de l'alimentation est parfois fragile.
• Faites preuve d'empathie : évitez les commentaires sur l'apparence et sur les comportements.
• Évitez de menacer ou de faire peur.
• Encouragez la personne à participer à des activités non liées à la nourriture.
• Lorsque la personne est en thérapie, lâchez prise.
• Soyez patient : cette maladie peut être longue et il est inutile d'espérer une guérison instantanée.
• Obtenez de l'aide pour vous : recherchez le soutien de votre famille, de vos amis ou d'un professionnel.